« Ceci est » fait partie de ceux-là. Et pourtant, c’est justement ça qui le rend bon.

Le principe tient sur une ligne, mais il tient aussi sur un rythme. Une musique. Un petit mécanisme de langage qui, dès qu’il est lancé, vous attrape et vous oblige à suivre. Et si vous avez déjà vu une table entière essayer de rester sérieuse en répétant « Une quoi ? » vingt fois d’affilée, vous savez.

Ce qui suit, c’est une explication claire du jeu, mais aussi tout ce que j’aurais aimé qu’on me dise avant d’animer une partie. Les pièges, les variantes, et la vraie raison pour laquelle ce jeu marche si bien.

Le jeu en une phrase

Autour d’une table, on se passe des objets en suivant un dialogue strict, avec un tempo régulier, jusqu’à ce que quelqu’un se trompe.

Et voilà. Sauf que dans la vraie vie, ce « voilà » dure souvent quinze minutes, et ça finit avec des gens qui n’arrivent plus à prononcer le mot « cuillère » sans éclater de rire.

Matériel et installation

Il vous faut autant d’objets que de joueurs. C’est important. Pas forcément tout de suite dans les mains, mais préparés, à portée du leader.

Quelques idées d’objets simples, qui se tiennent bien en main et se passent facilement :

  • une cuillère
  • un dé
  • un stylo
  • une gomme
  • une petite balle
  • une carte
  • un bouchon
  • un trombone (oui, ça marche, mais ça se perd)

Le groupe est assis autour d’une table. Pas besoin d’une grande table, mais une surface aide, surtout quand ça tombe. Parce que ça va tomber. Et c’est ok.

Le leader du jeu est assis comme les autres, mais il garde un œil sur tout, et surtout sur le tempo. C’est lui qui lance. Et c’est lui qui introduit les objets un à un.

Les règles de base, exactement

Le leader commence avec le premier objet. Disons une cuillère.

Il va effectuer trois allers-retours vers le joueur 1, avec un dialogue fixe. Voici la séquence.

  1. Le leader déplace l’objet vers le joueur 1 : « Ceci est une cuillère »
  2. Le leader ramène l’objet vers lui pendant que le joueur 1 répond : « Une quoi ? »
  3. Le leader redéplace l’objet vers le joueur 1 : « Une cuillère »
  4. Le leader ramène l’objet vers lui pendant que le joueur 1 répond : « Une quoi ? »
  5. Le leader redéplace l’objet vers le joueur 1 : « Une cuillère »

Et au troisième déplacement, le leader lâche l’objet. Le joueur 1 l’attrape. C’est important aussi, ce mini geste de « lâcher ». C’est le passage de relais.

À partir de là, c’est au joueur 1 de faire la même chose avec le joueur 2, toujours avec trois déplacements et le même dialogue.

Pendant que le joueur 1 commence sa séquence vers le joueur 2, le leader introduit un second objet, et fait la même séquence en parallèle avec le joueur 1.

Donc, assez vite, il y a deux objets en circulation. Puis trois. Puis quatre. Et c’est là que le cerveau commence à chauffer.

La partie continue ainsi jusqu’à ce qu’un joueur se trompe. Une erreur de texte, de timing, de geste. Tout compte.

Ce qui rend le jeu difficile (et drôle)

Sur le papier, c’est de la répétition. Dans la réalité, c’est une double tâche permanente :

  • écouter ce qu’on vous dit
  • répondre avec la bonne phrase
  • faire le bon geste au bon moment
  • préparer votre prochain passage à la personne suivante
  • et, parfois, gérer un deuxième objet qui arrive déjà

Et il y a un autre truc. Le langage lui-même se dérègle.

Répéter « cuillère » dix fois, ça transforme le mot. Il devient étrange. Il sonne faux. On se surprend à dire « cuillèbe », « couillère », « culière ». Et tout le monde entend. Et tout le monde craque. Bref, c’est parfait.

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Il y a des jours où on a juste envie de faire travailler le cerveau sans sortir les gros bouquins, sans calculatrice, sans prise de tête. Un truc plus… visuel. Plus instinctif. Un petit choc entre ce que l’on voit et ce que l’on comprend.

Le rôle du leader (plus important qu’on ne croit)

Le leader n’est pas juste la personne qui commence. C’est le métronome. C’est aussi, parfois, l’arbitre.

Ce qu’il doit faire :

  • garder un tempo régulier, pas trop rapide au début
  • parler clairement, sans avaler les mots
  • faire des gestes identiques à chaque fois, pour créer une routine
  • introduire les nouveaux objets au bon moment, sans casser la table
  • repérer les erreurs sans humilier qui que ce soit

Petit conseil concret : au tout début, faites un tour « à blanc » avec un seul objet, juste pour que tout le monde comprenne le mouvement. Deux allers-retours, pas besoin d’aller jusqu’à la chute. Ensuite seulement, lancez la vraie partie.

Parce que sinon, il y a toujours une personne qui comprend au troisième objet. Et là, c’est trop tard.

Qu’est-ce qu’une erreur, exactement ?

Ça dépend du groupe, mais si vous voulez des règles simples, vous pouvez annoncer au départ que les erreurs possibles sont :

  • dire « Ceci est » au mauvais moment
  • oublier « Une quoi ? »
  • remplacer « Une quoi ? » par « Quoi ? », « Pardon ? », « Comment ? »
  • changer l’article (dire « un » au lieu de « une », ou l’inverse)
  • ne pas faire les trois déplacements
  • lâcher l’objet trop tôt ou trop tard
  • ne pas attraper l’objet, ou le faire tomber (selon votre tolérance)

En général, le plus drôle, ce sont les mini erreurs de langage. Le cerveau veut être créatif, mais le jeu exige une exactitude absurde. Donc il casse.

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Variantes qui marchent vraiment

Vous pouvez jouer à la version classique toute votre vie, mais les variantes ajoutent du relief, surtout avec des groupes qui accrochent vite.

Variante 1 : accélération progressive

Toutes les trente secondes, le leader annonce « plus vite ». Ou il tape doucement deux fois sur la table comme signal.

Le piège, c’est que ça doit rester jouable. Accélérer oui, mais pas transformer ça en concours d’échec immédiat. L’idée est de pousser la confusion doucement, pas de punir.

Variante 2 : objets absurdes

Au lieu de dire « Ceci est une cuillère », vous pouvez nommer l’objet avec un mot qui n’a rien à voir.

Par exemple, une gomme devient « un éléphant ». Un stylo devient « une fusée ». Ça augmente le risque d’erreur, parce que le cerveau voit l’objet réel mais doit prononcer autre chose.

Le dialogue reste identique :

  • « Ceci est un éléphant »
  • « Un quoi ? »
  • « Un éléphant »
  • « Un quoi ? »
  • « Un éléphant »

Oui, c’est idiot. C’est le but.

Variante 3 : ajout d’un geste

Chaque fois que quelqu’un dit « Une quoi ? », il doit faire un petit geste. Lever la main, toucher l’oreille, taper du doigt sur la table. Rien de trop grand.

Ça force l’attention, et ça multiplie les occasions de bug.

Variante 4 : version élimination douce

Quand quelqu’un se trompe, il ne sort pas du jeu. Il devient « assistant du leader ». Il se met à côté, et son rôle est de repérer les erreurs ou de distribuer les objets.

Ça évite l’effet « je suis nul, je dégage », et ça garde tout le monde dans l’énergie.

Pour quels contextes c’est utile

On le présente souvent comme un simple jeu d’ambiance. C’est vrai. Mais il a aussi une utilité assez précise : créer une synchronisation de groupe, rapidement, sans discussion profonde, sans se dévoiler.

Donc ça marche très bien pour :

  • brise-glace en début de séance
  • ateliers de communication
  • cours de langue (parce que la répétition et le rythme aident)
  • théâtre, improvisation, travail de présence
  • soirées où les gens ne se connaissent pas trop

Et surtout, ça marche parce que l’échec est normal. Il est même attendu. On n’essaie pas d’être performant. On essaie de tenir le tempo ensemble, et on échoue ensemble. C’est différent.

Yesss ! Yesss ! — Le cri qui dit tout
Yesss ! est un jeu d’association d’idées pour 3 à 7 joueurs où chaque joueur doit faire deviner deux objets avec un seul mot, sans phrase ni mime, mêlant poésie et tension sociale.

Astuces pour que ça ne parte pas en confusion totale

Quelques réglages simples changent tout.

  1. Commencez lentement. Vraiment. Les gens accélèrent naturellement quand ils rient.
  2. Utilisez des objets qui ne roulent pas. Le dé, ça roule. Donc prévoyez un tapis, ou acceptez le chaos.
  3. Gardez des phrases strictes. Si vous laissez « Une quoi ? » devenir « Hein ? », le jeu se dilue.
  4. N’introduisez pas trop d’objets trop vite. Attendez que le premier soit stable jusqu’au joueur 3 ou 4 avant de lancer le deuxième.
  5. Si le groupe est grand, jouez en deux tables. Au-delà de 10, ça devient plus un spectacle qu’un jeu.

Pourquoi ce jeu s’appelle « Ceci est »

Parce que tout le jeu est une phrase incomplète qu’on complète avec un objet. Et cette phrase, bizarrement, ressemble à une leçon de langage enfantine. Simple. Martelée. Un peu hypnotique.

« Ceci est une cuillère. »

C’est presque une phrase de manuel scolaire. Et quand on la met dans un cadre de rythme, avec des mains qui passent, et des gens qui essayent de ne pas perdre la face, elle devient autre chose. Une sorte de rituel. Très léger, très bête, mais précis.

Et ça dit aussi quelque chose de drôle sur nous. On croit qu’on sait parler. On parle toute la journée. Mais faites-nous répéter une phrase simple, sous pression douce, avec un objet dans les mains, et on redevient tout de suite hésitants. On s’emmêle. On invente des syllabes.

C’est humain, au fond.

Petite fin simple

Si vous cherchez un jeu qui met tout le monde dans le même tempo, sans téléphone, sans règles interminables, « Ceci est » est une valeur sûre. Préparez quelques objets. Asseyez les gens. Lancez la première cuillère.

Et attendez le moment où quelqu’un, très sérieux, va dire « Une… quoi déjà ? » en tenant un stylo comme si sa vie en dépendait. C’est là que le jeu commence vraiment.

Questions fréquemment posées

Quel est le principe de base du jeu "Ceci est" ?

Le jeu consiste à se passer des objets autour d'une table en suivant un dialogue strict et un tempo régulier, jusqu'à ce qu'un joueur fasse une erreur. Chaque échange suit une séquence précise de phrases répétées trois fois avant de passer l'objet au joueur suivant.

Quels matériels sont nécessaires pour jouer à "Ceci est" ?

Il faut autant d'objets que de joueurs, des objets simples qui se tiennent bien en main et se passent facilement, comme une cuillère, un dé, un stylo, une gomme, une petite balle, une carte, un bouchon ou un trombone. Une table aide aussi pour éviter de perdre les objets.

Comment se déroule une partie typique de "Ceci est" ?

Le leader initie le jeu avec le premier objet en effectuant trois allers-retours avec le joueur 1 selon un dialogue fixe. Après le troisième déplacement, il lâche l'objet que le joueur 1 attrape. Ensuite, le joueur 1 répète la même séquence avec le joueur 2 tandis que le leader introduit un nouvel objet avec le joueur 1. Progressivement, plusieurs objets circulent simultanément jusqu'à ce qu'une erreur survienne.

Qu'est-ce qui rend "Ceci est" difficile et amusant ?

Le jeu demande une double tâche permanente : écouter attentivement, répondre correctement, effectuer les gestes au bon moment et préparer la transmission suivante tout en gérant plusieurs objets. De plus, la répétition constante des mots transforme leur prononciation, provoquant des erreurs linguistiques et beaucoup de rires.

Quel rôle joue le leader dans le jeu "Ceci est" ?

Le leader garde un œil sur tout, surtout sur le tempo du jeu. Il lance chaque objet un par un avec la séquence de dialogue, assure la cadence régulière et introduit progressivement plusieurs objets en circulation. Il est assis comme les autres mais guide la dynamique du jeu.

Pourquoi "Ceci est" peut-il sembler chaotique mais reste un bon jeu ?

Bien que simple à expliquer, "Ceci est" devient rapidement chaotique à cause des erreurs possibles dans les paroles ou gestes et du rythme soutenu. Ce chaos crée une atmosphère drôle où les joueurs perdent parfois le fil ou éclatent de rire, ce qui fait tout son charme et sa réussite ludique.