Il y a des jeux qui font beaucoup de bruit parce qu’ils ont 300 figurines. Et puis il y a Ricochet Robots, qui arrive avec des carrés de carton, des murs, quatre (parfois cinq) petits robots bien colorés… et qui, sans forcer, transforme une table en champ de bataille mental.
Le truc est simple à dire, presque enfantin. Et c’est exactement pour ça que ça marche. On retourne un objectif, on fixe le plateau, et très vite quelqu’un lâche un « j’ai… 7 coups ». Puis un autre « 6 ». Et là, d’un coup, tout le monde se met à douter de ses propres yeux.
Ricochet Robots, c’est un jeu de résolution de problèmes et de parcours, un chef d’oeuvre signé Alex Randolph. Sorti à l’origine en 1999 en Allemagne sous le nom Rasende Roboter, il a ensuite été édité et traduit, notamment en version française distribuée par Oya, avec une édition Rio Grande Games en 2003. Et depuis, il continue de faire le même effet sur des groupes très différents.
Parce qu’il se joue de 1 à… autant de joueurs que vous voulez. Oui, vraiment.
Le principe : atteindre la cible en un minimum de coups
Le but est unique, net.
Déplacer le bon robot jusqu’à la case objectif en un minimum de coups.
Un coup correspond à un déplacement complet d’un robot, du moment où il part jusqu’au moment où il s’arrête contre quelque chose. Et important : tous les joueurs peuvent déplacer tous les robots. Ce n’est pas « mon robot à moi ». Les robots sont des outils communs, des obstacles mobiles, des pièces qu’on sacrifie sans remords pour créer des rebonds.
L’objectif tiré indique généralement deux choses :
- une case cible sur le plateau (un symbole, une couleur)
- la couleur du robot qui doit l’atteindre
Et parfois, il y a un symbole spécial, le tourbillon multicolore : celui-là peut être atteint par n’importe quel robot. Ce détail change beaucoup de choses, on y reviendra.
Mise en place : rapide, mais pas anodine
La préparation donne déjà le ton. On sent qu’on n’est pas dans un jeu où on lit des cartes pendant dix minutes.
- Assembler le plateau : il est composé de quatre planches que l’on vient lier à la plaque centrale grâce à des encoches. En général, chaque planche correspond à une couleur différente.
- Placer au hasard les robots : quatre robots, sur quatre cases quelconques du plateau.
- Glisser les tuiles robot sous les robots correspondants (si votre édition le propose, pratique pour la lisibilité).
- Mélanger les jetons objectifs face cachée, près du plateau.
Et puis… on est prêt. En moins de deux minutes, on a un puzzle vivant, et personne n’a encore parlé de stratégie. C’est ça qui est drôle.

Comment se déroule une mission
Une partie est une suite de missions. Chaque mission se passe pareil, et pourtant, elle ne se ressemble jamais.
- On retourne un jeton objectif.
- Tout le monde cherche, en silence ou en marmonnant, une séquence de coups pour atteindre la cible en respectant les règles de déplacement.
- Le premier joueur qui pense avoir trouvé annonce un nombre de coups, du genre : « 8 ». Et il lance le sablier.
- Pendant que le sable coule, les autres peuvent continuer à chercher… et surtout, à surenchérir : « 7 », « 6 », parfois « 4 » si quelqu’un est vraiment sûr de lui (ou vraiment optimiste).
- Quand le sablier est écoulé, on résout les propositions en commençant par le plus petit nombre de coups.
Et là, moment délicieux. Il faut prouver. Déplacer les robots, compter à voix haute, ne pas tricher, ne pas oublier qu’un rebond ne coûte pas un coup supplémentaire. La table devient un tribunal.
- Si un joueur réussit l’objectif dans le nombre de coups annoncés, il gagne le jeton et l’expose devant lui.
- Si le joueur échoue, on passe au suivant, avec le nombre immédiatement supérieur, etc.
Ça paraît punitif, mais en réalité c’est ce qui crée la tension. Tu annonces, tu t’engages. Tu assumes.
Fin de partie : simple aussi
Quand les 17 jetons ont été récupérés, la partie s’arrête. Le joueur qui en a le plus gagne.
C’est très « arcade » comme scoring. Pas de calcul. Pas de conversion. Tu as des jetons, tu es devant. Et si tu perds, tu sais pourquoi : tu as été trop lent. Ou trop gourmand. Ou tu as annoncé « 5 » alors que c’était « 6 » depuis le début.

Les règles de déplacement : là où tout se joue
Ricochet Robots vit et meurt sur une règle centrale, ultra stricte :
Un robot se déplace horizontalement ou verticalement sans pouvoir s’arrêter jusqu’à rencontrer un obstacle.
Un obstacle peut être :
- le bord du plateau
- un mur
- la plaque centrale
- un autre robot
Donc tu pousses le robot, il glisse, et il ne s’arrête pas « parce que tu le veux ». Il s’arrête seulement parce qu’il percute quelque chose.
Ensuite, une fois arrêté, il peut repartir, dans toutes les directions possibles.
Quelques points importants, qu’on oublie souvent au début :
- Chaque déplacement complet compte pour un coup.
- Tous les robots sont déplaçables, même si l’objectif concerne seulement le vert, par exemple.
- Les robots servent de barrières mobiles. Parfois tu déplaces un robot juste pour le mettre au bon endroit et créer un arrêt net. Ce n’est pas un détour, c’est le coeur du jeu.
Et puis il y a une règle spéciale, un peu plus rare selon les éditions, mais incroyablement savoureuse.
La BOC (barrière oblique colorée)
Une barrière oblique colorée fait deux choses différentes selon le robot :
- Le robot de la même couleur l’ignore : il la traverse.
- Les autres robots rebondissent à 90°.
Et attention, c’est le détail qui fait trébucher les annonces : ce rebondissement ne compte pas comme un coup supplémentaire. C’est toujours le même déplacement, le même coup, juste une trajectoire qui change.
Ça ouvre des solutions qui ont l’air impossibles à première vue. Et souvent, quand quelqu’un annonce un chiffre très bas, c’est qu’il a repéré un rebond oblique que tout le monde a « vu » sans le voir.
Pourquoi ça marche si bien à plusieurs
Parce que tout le monde joue en même temps. Personne n’attend passivement son tour à regarder un autre réfléchir. Là, tout le monde est dans sa bulle, mais dans la même scène.
Et il y a une dimension sociale étrange, presque sportive :
- annoncer un nombre, c’est se mettre une cible sur le front
- surenchérir, c’est provoquer
- réussir, c’est un petit KO technique
- échouer, c’est… un silence gêné, puis des rires
Le jeu crée du spectacle sans avoir besoin d’histoire ou de narration. Juste avec des trajectoires.
Et puis il y a ce moment très spécifique, que tous les joueurs de Ricochet Robots connaissent : tu as une solution en 9 coups. Tu es content. Quelqu’un annonce 6. Et tu te dis « non, impossible ». Puis tu regardes mieux, tu changes un robot, tu découvres un couloir, et soudain tu es à 7. Tu n’étais pas loin, mais tu étais complètement à côté.

Quelques variantes utiles (surtout en famille)
Ricochet Robots peut être brutal avec des débutants, pas parce que c’est méchant, mais parce que certains cerveaux vont plus vite sur ce type de puzzle. Heureusement, il existe des variantes simples.
Variante d’équité en cas d’égalité
En cas d’égalité sur le nombre de coups, on peut décider que le joueur ayant le moins de jetons montre sa solution en premier. Ça aide un peu à équilibrer, et ça évite que la même personne rafle tout « juste » parce qu’elle parle plus vite.
Le robot argenté
Selon l’édition, notamment la troisième et dernière édition, on peut ajouter un robot argenté.
Deux façons courantes de l’utiliser :
- comme cinquième robot normal, pouvant atteindre le tourbillon multicolore
- comme super robot, qui traverse les murs (sauf bords du plateau et plaque centrale)
La version super robot change plus radicalement le jeu. C’est fun, mais ça peut aussi casser un peu la lecture « pure » du plateau. À tester selon votre groupe.
Édition compendium
Il existe une version française dite édition compendium qui regroupe tous les plateaux édités à ce jour et inclut le robot argenté. Pour les fans, c’est un terrain de jeu gigantesque, presque infini.
Jouer en solo : étonnamment addictif
Ricochet Robots en solo, c’est une autre ambiance. Moins de pression sociale, plus de lutte contre soi-même.
Le principe proposé est simple :
- tu démarres le sablier pour chaque objectif
- quand tu as trouvé, tu attends que le sablier soit écoulé : ce temps d’attente n’est pas comptabilisé
- si le sablier s’écoule avant que tu aies résolu l’objectif, tu ajoutes un marqueur +1 sur une feuille, tu relances le sablier, et tu continues
Ton objectif est de résoudre les 17 objectifs et de te rapprocher de 0. Score parfait : 0.
C’est un bon exercice, presque méditatif. Et parfois frustrant, oui. Surtout quand tu bloques sur une cible qui a l’air « facile » et que ton cerveau refuse de voir l’évidence.
Jouer en ligne : pratique pour s’entraîner
Si tu veux juste résoudre des puzzles sans sortir la boîte, il existe un site bien connu : ricochetrobots.com.
Il permet de jouer en ligne avec une interface assez dépouillée. On y trouve des problèmes quotidiens, souvent classés par vitesse, complexité, ou entraînement. Pas besoin de s’inscrire pour jouer, ce qui est appréciable. Et il existe aussi une application Android.
Pour progresser, c’est parfait. Et ça te donne une idée : certaines configurations te forcent à apprendre des schémas, des manières de « préparer » un arrêt, de construire une rampe avec deux robots, etc.
Deux ou trois conseils pour mieux jouer (sans transformer ça en cours)
- Ne cherche pas seulement le chemin du robot cible. Cherche d’abord où tu peux placer les autres robots pour créer des arrêts utiles.
- Apprends à aimer les coups « inutiles ». Souvent, un coup sert juste à mettre un robot en butée quelque part. Et ce coup-là fait gagner trois coups derrière.
- Quand tu es bloqué, change de perspective : au lieu de partir du robot, pars de la cible. Demande-toi : « par où peut-on arriver ici, et qu’est-ce qui pourrait arrêter le robot juste avant ? »
Et surtout, accepte de te tromper. Ricochet Robots récompense les gens qui tentent, annoncent, se plantent, puis reviennent plus forts à la mission suivante.
Conclusion : un jeu qui vieillit bien, parce qu’il ne dépend pas des modes
Ricochet Robots n’a pas besoin d’extension obligatoire, ni de campagne, ni d’application compagnon pour « fonctionner ». Il te donne un plateau, des règles très pures, et une seule promesse : si tu joues sérieusement, tu vas te sentir très malin. Et si tu joues en groupe, tu vas aussi te sentir très bête, parfois, mais en riant.
C’est un jeu d’énigmes, de trajectoires, de patience. Un jeu qui prend deux minutes à expliquer et des années à maîtriser.
Et franchement, quand un jeu fait ça, sans artifices… on le garde. On le ressort. Encore. Et encore.
Questions fréquemment posées
Qu'est-ce que Ricochet Robots et quel est son principe de base ?
Ricochet Robots est un jeu de résolution de problèmes et de parcours créé par Alex Randolph. Le principe est simple : déplacer le bon robot jusqu'à la case objectif en un minimum de coups, où chaque coup correspond à un déplacement complet d'un robot jusqu'à ce qu'il s'arrête contre un obstacle.
Comment se déroule une partie typique de Ricochet Robots ?
Une partie se compose de plusieurs missions. À chaque mission, on retourne un jeton objectif, puis tous les joueurs cherchent silencieusement la solution la plus courte. Le premier à annoncer un nombre de coups lance le sablier, et les autres peuvent surenchérir. Une fois le temps écoulé, on vérifie les solutions du plus petit nombre de coups au plus grand.
Combien de joueurs peuvent participer à une partie de Ricochet Robots ?
Le jeu se joue de 1 à autant de joueurs que vous voulez. Il est très flexible et peut rassembler des groupes très différents, ce qui en fait un jeu accessible et convivial.
Quels sont les éléments matériels nécessaires pour jouer à Ricochet Robots ?
Le jeu comprend quatre planches formant le plateau avec des murs, quatre (parfois cinq) petits robots colorés, des jetons objectifs représentant les cibles, ainsi que parfois des tuiles robot pour faciliter la lisibilité. La mise en place est rapide et intuitive.
Quelle est l'importance du tourbillon multicolore dans le jeu ?
Le tourbillon multicolore est un symbole spécial sur les jetons objectifs qui peut être atteint par n'importe quel robot. Cette particularité modifie considérablement la stratégie car elle offre plus de possibilités pour atteindre la cible.
Comment se termine une partie de Ricochet Robots ?
La partie se termine lorsque tous les 17 jetons objectifs ont été remportés par les joueurs. Celui qui a accumulé le plus grand nombre de jetons gagne la partie.


