La bourre. Rien que le nom, ça sent la table un peu bancale, les cartes un peu usées, et les éclats de voix quand quelqu’un tente un coup “évident” que personne n’avait vu venir. C’est un jeu de cartes d’origine occitane (on dit plutôt « bourré » en occitan), longtemps joué dans le Sud, et qu’on raconte aussi dans les tranchées pendant la Première Guerre mondiale. Simple à comprendre, rapide à relancer, et surtout parfait quand on veut jouer “pour quelque chose”, même symbolique.
À la base, oui, c’était un jeu d’argent. Mais aujourd’hui, on peut garder l’esprit sans sortir les billets. Des pièces de 1, 2 ou 5 centimes, des fèves, des jetons, des haricots secs, ce que vous voulez. L’idée, c’est la cagnotte. En occitan on parle du « pòteu ». Et le but, lui, ne change pas : faire des plis, qu’on appelle des « plèc », pour finir par rafler le pot.
Dans cet article, je vous donne la règle de la bourre de façon claire, jouable, sans vous noyer. Et je glisse aussi les petites subtilités qui évitent les disputes. Parce que, soyons honnêtes, les disputes viennent toujours d’un détail.
Sommaire
- Matériel et nombre de joueurs
- Mise et démarrage d’une partie
- Valeur des cartes
- Déroulement d’un tour
- Le pli (« plèc ») et la relance
- Le « bourru » et les mises du tour suivant
- Fin de partie et victoire
- Conseils simples pour bien jouer
Matériel et nombre de joueurs
Pour jouer à la bourre, il vous faut :
- un jeu de 32 cartes (7 à as)
- entre 2 et 6 joueurs
- quelque chose pour miser : pièces, jetons, fèves, etc.
À 2, c’est un peu plus “sec”, plus calculatoire. À 4 ou 5, ça devient plus vivant. À 6, ça peut aller vite et partir dans tous les sens. Mais ça marche.

Mise et démarrage d’une partie
On fixe d’abord une mise de départ, identique pour tout le monde. Pas besoin de faire compliqué : « 1 jeton chacun », ou « 2 centimes chacun ». Ensuite, chacun met sa mise dans le pot, le « pòteu ».
Un joueur distribue 5 cartes à chaque joueur. Le reste du paquet constitue la pioche, posée au milieu.
Et là, on respire une seconde, parce que c’est le moment où tout le monde regarde ses cartes en silence, et que le bruit de la table change. Classique.
Valeur des cartes
À la bourre, l’ordre des cartes n’est pas celui qu’on a dans beaucoup d’autres jeux. Ici, du plus fort au plus faible :
- le roi (« lou rei »)
- la dame (« la dama »)
- le valet (« lou vaylète »)
- l’as (« lou une »)
- le 10 (« lou dètz »)
- le 9 (« lou nòu »)
- le 8 (« lou uètch »)
- le 7 (« lou sèt »)
Ça surprend certains au début, surtout le roi au sommet, puis dame, valet, et seulement ensuite l’as. Mais une fois que c’est intégré, ça roule.
Déroulement d’un tour
Qui commence ?
Le premier joueur à avoir la main au début d’un tour est la personne la plus âgée de la table. On l’appelle « l’ancian ». C’est une règle traditionnelle, et franchement, elle évite le « on fait comment pour commencer ? » à chaque nouvelle manche.
L’échange avec la pioche
Avant de jouer, le joueur qui a la main peut piocher 1 ou 2 cartes dans le paquet restant, puis il doit reposer immédiatement le même nombre de cartes dans le paquet. En gros, il améliore sa main, mais sans augmenter le nombre total de cartes qu’il possède.
Ensuite, le joueur suivant a le droit de faire pareil. Et ainsi de suite, dans l’ordre.
Petite précision importante : on parle bien d’un droit, pas d’une obligation. Si votre main est déjà solide, vous pouvez très bien ne pas toucher à la pioche.

Poser des cartes, suivre la couleur, monter si possible
Le jeu se déroule en posant des cartes une par une. Quand une couleur est “lancée” (par la première carte posée), les joueurs suivants doivent jouer dans cette même couleur.
Et surtout, ils doivent jouer une carte supérieure à la dernière carte posée… s’ils le peuvent.
Donc, en pratique :
- un joueur pose une carte, par exemple un 10 de cœur
- le joueur suivant, s’il a du cœur, doit jouer du cœur
- et s’il a un cœur plus fort que le 10 (as, valet, dame, roi), il doit monter
- s’il n’a pas plus fort, ou s’il n’a pas la couleur, alors il ne peut pas “prendre” dans cette séquence (et on continue jusqu’à ce que ça bloque)
Ce blocage, c’est le moment clé du jeu.
Le pli (« plèc ») et la relance
Quand plus personne ne peut jouer dans la couleur en cours (parce qu’ils n’ont plus cette couleur, ou plus de carte supérieure possible), le dernier joueur à avoir posé une carte remporte un pli, c’est à dire un « plèc ».
Et c’est lui qui relance, avec la carte (et la couleur) de son choix.
C’est tout. Et c’est là que la bourre devient intéressante, parce que relancer au bon moment avec la bonne couleur, ça fait basculer une manche.
Règle importante : il faut au moins deux cartes jouées pour faire un pli
Il y a une condition qui évite un “pli gratuit” : il faut obligatoirement que deux joueurs aient joué pour valider un plèc.
Donc si quelqu’un relance, et que personne ne peut répondre (ou ne peut jouer dans la couleur), on ne compte pas un pli. On passe simplement au joueur suivant, et la carte posée est retirée.
C’est une règle simple, mais elle change beaucoup l’ambiance. Elle empêche de “pêcher” des plis solo en lançant des couleurs que personne n’a.
On continue ainsi, pli après pli, relance après relance, jusqu’à ce que plus personne n’ait de carte.
Le « bourru » et les mises du tour suivant
À la fin du tour (quand les 5 cartes ont été jouées), on regarde le nombre de plis de chacun.
Le joueur qui n’a fait aucun pli est appelé « bourru ». Et c’est là qu’il y a la mécanique un peu piquante.
- le bourru doit miser le double de la mise de départ pour le tour suivant
- tous les autres remettent seulement la mise de base
Exemple : mise de départ = 2 jetons.
Au tour suivant, le bourru met 4 jetons, les autres mettent 2.
C’est ce qui rend le pot vivant, et ce qui met une petite pression. Parce que finir à zéro, ce n’est pas juste “dommage”, c’est “tu remets au pot”.
On raconte parfois que l’expression « être à la bourre » viendrait de là, de celui qui est bourru, celui qui est en retard, celui qui paie. Disons que c’est une belle histoire, et qu’elle colle bien à l’esprit du jeu.

Fin de partie et victoire
Une partie de bourre se joue sur un nombre de tours fixé à l’avance. Très important. Parce que sinon, au moment où quelqu’un est en tête, bizarrement, il y en a toujours un pour dire « allez, encore un », et un autre pour dire « non, on avait dit stop ». Donc on fixe avant.
Traditionnellement, on s’arrête souvent à :
- 7 tours (« sèt »)
- ou 3 tours (« très ») si on veut une partie plus courte
Quand le dernier tour est terminé, on additionne les plis réalisés sur l’ensemble de la partie. Le joueur qui a fait le plus de plis gagne la totalité du « pòteu ».
Et si égalité ? Ça dépend des tables. Le plus simple, c’est de décider avant aussi. Soit on partage, soit on fait un tour de départage. Mais choisissez avant, vraiment.

Conseils simples pour bien jouer
Pas besoin d’être un stratège pour prendre du plaisir, mais quelques réflexes aident.
1) Ne cherchez pas à “tout gagner” sur une seule relance
La bourre est un jeu de rythme. Parfois, relancer sur une couleur où vous êtes “moyen” est plus intelligent que relancer sur votre meilleure couleur, parce que votre meilleure couleur, vous pourrez l’utiliser pour monter plus tard, au moment où ça comptera.
2) Surveillez les cartes hautes, surtout roi et dame
Comme l’ordre est inhabituel, les réflexes trompent. Gardez en tête que le roi domine tout. Si vous avez un roi dans une couleur, ça peut servir à verrouiller un pli… ou à forcer les autres à se dévoiler.
3) Évitez le zéro pli à tout prix
Ça paraît évident, mais c’est la règle d’or : faites au moins un plèc. Même un petit. Même moche. Parce que finir bourru coûte cher, et alimente un pot que quelqu’un d’autre gagnera peut-être.
4) N’échangez pas avec la pioche “par principe”
Piocher 1 ou 2 cartes puis en reposer, c’est tentant, on se dit qu’on va forcément améliorer. Pas toujours. Si vous avez une main cohérente, toucher peut casser un équilibre. Et en plus, vous donnez des infos à la table, parce que tout le monde voit que vous “cherchez”.
5) Fixez les règles de table avant de lancer
Deux points à clarifier avant la première distribution :
- nombre de tours (3, 7, autre)
- gestion des égalités au score final
Ça prend 20 secondes, et ça évite la discussion de fin de soirée, celle qui dure plus longtemps que la partie.
Pour résumer, vite fait
La bourre, c’est :
- 32 cartes, 2 à 6 joueurs, 5 cartes chacun
- mise dans le « pòteu »
- ordre des cartes (fort à faible) : roi, dame, valet, as, 10, 9, 8, 7
- l’« ancian » commence
- chacun peut échanger 1 ou 2 cartes avec la pioche (piocher puis reposer autant)
- on suit la couleur et on doit monter si possible
- le dernier à pouvoir jouer fait un pli (« plèc ») et relance
- pas de pli si une seule personne a joué (il faut au moins deux joueurs impliqués)
- celui qui fait zéro pli est « bourru » et mise double au tour suivant
- après le nombre de tours prévu, celui qui a le plus de plis gagne tout le pot
Merci à Theò B pour la règle transmise. Et si vous y jouez en famille ou entre amis, vous verrez : ça parle vite, ça rigole, et parfois ça boude deux minutes. Bref, un vrai jeu de table.
Questions fréquemment posées
Qu'est-ce que la bourre et quelle est son origine ?
La bourre est un jeu de cartes d'origine occitane, longtemps joué dans le Sud de la France et même raconté dans les tranchées pendant la Première Guerre mondiale. C'est un jeu simple, rapide et parfait pour jouer "pour quelque chose", souvent avec une mise symbolique.
Quel matériel est nécessaire pour jouer à la bourre et combien de joueurs peuvent participer ?
Pour jouer à la bourre, il vous faut un jeu de 32 cartes (de 7 à l'as), entre 2 et 6 joueurs, ainsi que quelque chose pour miser comme des pièces, jetons, fèves ou haricots secs.
Comment se déroule la mise en place et le démarrage d'une partie de bourre ?
On commence par fixer une mise de départ identique pour tous les joueurs (par exemple 1 jeton chacun). Chaque joueur met sa mise dans le pot appelé "pòteu". Ensuite, un joueur distribue 5 cartes à chaque participant, le reste formant la pioche au centre.
Quelle est la valeur des cartes dans le jeu de la bourre ?
L'ordre des cartes du plus fort au plus faible est : roi (lou rei), dame (la dama), valet (lou vaylète), as (lou une), 10 (lou dètz), 9 (lou nòu), 8 (lou uètch) et 7 (lou sèt). Le roi est donc au sommet, suivi de la dame et du valet.
Comment se déroule un tour de jeu à la bourre ?
Le premier joueur à avoir la main est l'ancian, généralement la personne la plus âgée. Avant de jouer, il peut piocher une ou deux cartes dans la pioche puis reposer immédiatement le même nombre. Ensuite, c'est au joueur suivant qui peut faire pareil.
Comment éviter les disputes lors d'une partie de bourre ?
Les disputes viennent souvent d'un détail. Il est important de bien connaître les règles claires et les subtilités du jeu, notamment sur les mises, l'ordre des cartes et le déroulement des tours, pour que tout se passe dans une bonne ambiance.

