I. Introduction
Et c’est aussi ça qui rend le sujet des cotes un peu… glissant. Parce qu’on parle d’objets faits pour être manipulés, trimballés, parfois un peu abîmés. Pas d’un produit scellé sous verre.
Les mécanismes comptent, bien sûr. Les jeux à information cachée, les wargames à hexagones, les eurogames de gestion, les gros jeux d’aventure avec campagne, les classiques familiaux. Mais quand on commence à parler « cote », on quitte un peu le gameplay pur pour entrer dans un mélange de rareté, d’édition, de nostalgie, de micro marché, et parfois de spéculation pas très élégante.
Alors on va faire le point. Sans prétendre fixer une vérité universelle, mais en expliquant ce qui fait monter ou descendre le prix d’un jeu, et comment on peut trouver des boîtes devenues rares sans se faire plumer.
II. Jeux de société et cotes : comment ça se fabrique
Une cote, ce n’est pas un prix « officiel ». C’est une sorte de photo floue du marché à un instant T. Elle se construit sur quelques critères récurrents.
D’abord la rareté. Le jeu a été peu tiré, ou il a disparu vite, ou il n’a jamais été réédité. Parfois il existe, mais seulement dans une langue précise. Une version française peut valoir plus cher, ou moins cher, selon la demande.
Ensuite l’édition. C’est énorme, et souvent mal compris. Une « première édition » avec un matériel particulier, des illustrations d’époque, une règle légèrement différente, ça peut déclencher une chasse chez les collectionneurs. À l’inverse, une réédition moderne peut faire chuter les prix d’un ancien tirage. Ou pas. Parce que parfois, la réédition est jugée moins belle, moins fidèle, ou trop « deluxe » dans le mauvais sens.
Il y a l’état aussi. Boîte enfoncée, coins blanchis, plateau gondolé, pions manquants… ça change tout. Et pourtant, on voit régulièrement des annonces avec des prix élevés et un petit « manque quelques cartes mais jouable ». Oui. Jouable. Mais la cote, elle, n’aime pas trop « jouable ».
Autre point important : la hausse peut être brutale. Un influenceur mentionne un vieux titre. Un forum s’enflamme. Un éditeur annonce qu’il ne rééditera jamais. Et d’un coup, le marché s’assèche, les prix montent, puis redescendent parfois aussi vite. Les cotes bougent, clairement. On est sur un marché de passion, pas sur une matière première stable.
Et puis il y a la demande. Tout simplement. Un jeu peut être rare mais pas recherché. Dans ce cas, sa cote reste basse. À l’inverse, un jeu pas si rare peut devenir cher s’il a un statut culte, ou s’il est associé à une licence (Alien, Star Wars, Warhammer…), ou s’il a marqué une génération.
Dernier ingrédient, et pas des moindres : le comportement des acheteurs et vendeurs. Collectionneurs d’un côté, revendeurs opportunistes de l’autre. On y reviendra, parce que ça explique beaucoup de choses.

III. Exemples de jeux rares autour de 100 €
On voit souvent une sorte de palier psychologique autour de 100 €. Ce n’est pas une règle, mais c’est un niveau où beaucoup de titres anciens se retrouvent quand ils deviennent « pénibles à trouver » mais pas totalement introuvables.
Quelques exemples qu’on croise régulièrement dans les discussions de collection :
- Djambi : autour de 100 €
- Full Metal Planet : autour de 120 €
- Heroquest : autour de 100 € (selon édition, état, complétude)
- Space Hulk : autour de 100 à 150 €
- Rise of the Luftwaffe : autour de 100 €
- 1830 : autour de 100 €
- Tarot d’Ambre : autour de 100 €
- Res Publica Romana : autour de 100 €
- Aliens the boardgame : autour de 100 €
- Warhammer Quest : autour de 100 €
- Age de la Renaissance : autour de 100 €
- Hannibal: Rome Vs Carthage : autour de 100 €
- Outpost : autour de 100 €
- Supergang : autour de 100 €
- Star Wars Queen’s Gambit : autour de 100 €
- Samurai Swords : environ 80 à 100 $ selon version et état
Évidemment, ces chiffres flottent. Un jeu complet, en très bon état, avec inserts, aides de jeu et aucune pièce manquante, peut dépasser. Une boîte fatiguée peut rester en dessous. Et certains titres, comme Space Hulk ou Warhammer Quest, sont particulièrement sensibles aux extensions, aux figurines, aux variantes d’édition.
Ce qui est intéressant avec cette liste, c’est qu’elle mélange des objets de collection (parfois très marqués « époque ») et des jeux qui restent joués aujourd’hui. Donc on a deux pressions en même temps : le collectionneur qui veut l’objet, et le joueur qui veut l’expérience.
IV. Jeux vraiment chers : quand on passe un cap
Là, on n’est plus sur le « petit plaisir nostalgique ». On est sur des achats où il faut respirer un bon coup. Parfois c’est justifié, parfois ça fait mal.
Quelques exemples typiques :
- Prince de la Renaissance : autour de 150 $
- La Grande Guerre d’Azure Wish : autour de 150 €
- Cosmic Encounter (édition Mayfair) : on peut voir 100 € et plus, et avec les 9 extensions on arrive parfois à des ensembles à plus de 1 000 €
- Colons de Catane, édition collector 3D : autour de 600 €
- Talisman 3e édition avec figurines et extensions : autour de 150 €
Cosmic Encounter est un bon cas d’école. Le jeu de base, déjà, a une aura. Mais ce sont surtout les extensions qui font exploser la facture, parce qu’elles deviennent le goulot d’étranglement. Le collectionneur veut « complet », et le vendeur sait très bien que vendre en lot peut multiplier la note.
Les éditions collector 3D, comme Catane, c’est un autre monde. On paie du matériel, une rareté d’objet, un côté « pièce de vitrine ». Est ce que c’est raisonnable pour jouer. Pas forcément. Mais la cote ne demande pas la permission.
V. Des raretés pas si chères : quand on a un peu de chance
Heureusement, rare ne veut pas toujours dire hors de prix. Il existe des jeux recherchés qu’on peut encore trouver à des tarifs relativement doux, surtout si on accepte une boîte un peu vécue mais complète.
Deux exemples qu’on cite souvent :
- Dune Descartes VF complet : autour de 30 à 35 €
- Fief 2 VF complet : autour de 60 €
Ça surprend, parce que « Dune » fait rêver, et pourtant on peut tomber sur des annonces raisonnables. La clé, c’est la patience et la réactivité. Et aussi le fait que certaines personnes vendent pour faire de la place, pas pour optimiser un profit.
Dans la même zone de raretés qu’on voit passer, avec des prix variables selon état et période, on peut croiser Lords & Zargos, des titres Wargames, du SPI, An Mil, Blood Bowl, Mai 68, La Conquête du Monde Corona (Alex Randolph), ou encore Cry Havoc (série III). Là encore, rien n’est figé, mais ce sont des noms qui reviennent dans les listes de recherches.
VI. Trouver des jeux rares sans y laisser un rein
La meilleure stratégie, c’est rarement « je veux ce jeu maintenant ». Ça, c’est la stratégie parfaite pour payer trop cher. La meilleure stratégie, c’est « je le veux, donc je me mets en mode radar ».
Quelques pistes concrètes :
- Activer des alertes automatiques
Sur les sites de petites annonces et certains comparateurs, on peut configurer des notifications par e-mail. C’est bête, mais c’est ce qui fait la différence. Une annonce correcte part vite. Très vite. - Utiliser des comparateurs et bases de prix
Un site comme Knapix peut aider à suivre des tendances, à voir des historiques, à comprendre si un prix est délirant ou simplement « haut mais plausible ». - Passer par l’occasion spécialisée
Okkazéo, par exemple, est souvent un bon endroit pour des transactions entre joueurs. En théorie, c’est plus sain, plus communautaire. En pratique, ça dépend des gens, comme partout. - Regarder à l’étranger
Parfois le marché français est sec, mais on trouve en Belgique, en Suisse, au Canada, ou sur des places de marché moins fréquentées. Attention aux frais de port, et surtout aux différences d’édition et de langue. - Ne pas négliger les brocantes et bacs poussiéreux
Les vide-greniers, les Bric à Brac, les dépôts vente, c’est irrégulier. On peut ne rien voir pendant dix sorties, puis tomber sur une boîte improbable. C’est aussi une question d’habitude. Et d’horaires. Les bonnes affaires ne dorment pas jusqu’à 11 h.

VII. Collectionneurs vs revendeurs : le petit malaise
Il y a une différence assez nette entre un collectionneur et un revendeur opportuniste.
Le collectionneur est un passionné. Il cherche un titre parce qu’il l’aime, parce qu’il l’a connu, parce qu’il complète une série, parce qu’il veut y jouer ou le conserver. Il peut revendre, bien sûr, mais souvent pour financer autre chose, ou parce qu’il change de goûts.
Le revendeur opportuniste, lui, repère les prix bas, achète vite, et remet en vente plus cher ailleurs. Le but est le profit, point. Et ça, sur un marché de niche comme les jeux de société anciens, ça crée une tension. Les joueurs se retrouvent à payer des prix gonflés, et des titres deviennent artificiellement « inaccessibles ».
Et le plus frustrant, c’est que ce n’est pas illégal. On peut trouver ça moche, on peut le critiquer, mais ce n’est pas un crime.
VIII. Une histoire très concrète : « à la manière de... »
Je donne un exemple vécu, parce que ça parle plus que des grands principes.
Je cherchais un jeu assez demandé, « A la manière de... ». Je le vois passer sur Okkazéo à 4 €. Super prix. Sauf que… déjà vendu. Évidemment. Ça arrive.
Un peu plus tard, je le retrouve sur Leboncoin à 27 €. Et là, détail qui pique : c’était le même vendeur, basé à Blois (41000). Donc, en gros, achat à bas prix sur une plateforme communautaire, puis revente plus chère sur une plateforme grand public. Classique.
J’ai signalé l’histoire à Okkazéo, pas à Leboncoin. Pourquoi. Parce que ce n’était pas une arnaque au sens légal. Juste de la spéculation. Et Okkazéo, à la base, fonctionne aussi sur un esprit d’échange entre joueurs. Quand quelqu’un vient casser ça, ça mérite au moins d’être remonté.
Le vendeur a expliqué que le jeu venait d’un stock restant d’atelier d’écriture, puis qu’il le revendait plus cher. Il m’a même proposé un échange. J’ai refusé, parce que je n’étais pas intéressé par ce qu’il proposait. Et j’ai laissé une évaluation négative sur son profil Okkazéo (profil « Bidou »), parce que je trouvais la démarche franchement limite.
Ce qui rend le tout encore plus absurde, c’est que le jeu était vendu autour de 10 € en 2012. Le voir passer à 27 € juste parce qu’on peut profiter d’un acheteur pressé, ça résume bien le problème.
IX. Ce que j’ai envie de dire aux joueurs
On ne va pas « sauver » le marché d’occasion. Mais on peut éviter de l’alimenter n’importe comment.
- Ne payez pas un prix délirant juste parce que vous êtes impatient.
- Comparez, mettez des alertes, attendez une annonce correcte.
- Favorisez les échanges et ventes propres, surtout entre joueurs.
- Et oui, quand vous repérez une spéculation évidente sur une plateforme communautaire, isolez le comportement. Par une évaluation honnête. Par un signalement si la plateforme le permet.
Les cotes, ça existe, et parfois c’est légitime. Un jeu rare, complet, en bel état, ça a de la valeur. Mais entre la valeur et le gonflage artificiel, il y a une différence. Et c’est nous, les acheteurs, qui décidons un peu où on met la limite.
Questions fréquemment posées
Qu'est-ce qu'un jeu de société et pourquoi sa cote peut-elle varier ?
Un jeu de société est un objet ludique composé d'une boîte, de matériel (cartes, pions, figurines, plateaux) et de règles permettant à plusieurs joueurs d'interagir. Sa cote varie en fonction de plusieurs facteurs tels que la rareté, l'édition, l'état du jeu, la demande du marché et le comportement des acheteurs et vendeurs.
Quels sont les principaux critères qui influencent la cote d'un jeu de société ?
Les critères clés sont la rareté (tirage limité, absence de réédition), l'édition (première édition vs réédition), l'état du jeu (usure, pièces manquantes), la demande (popularité, licence associée) et les dynamiques du marché (influenceurs, annonces d'éditeurs).
Comment l'édition d'un jeu impacte-t-elle sa valeur sur le marché ?
Une première édition avec un matériel original ou des illustrations d'époque peut attirer les collectionneurs et augmenter la valeur. À l'inverse, une réédition moderne peut faire baisser les prix si elle est jugée moins authentique ou trop différente. Parfois, une réédition jugée deluxe dans le mauvais sens peut aussi impacter négativement la cote.
Pourquoi l'état du jeu est-il crucial pour déterminer sa cote ?
Un jeu avec une boîte endommagée, des coins blanchis, un plateau gondolé ou des pions manquants voit sa valeur diminuer significativement. Même si le jeu reste jouable, les collectionneurs privilégient souvent des exemplaires en bon état pour maintenir ou augmenter la cote.
Peut-on citer quelques exemples de jeux rares dont la cote tourne autour de 100 € ?
Oui, parmi les titres fréquemment mentionnés on trouve Djambi (~100 €), Full Metal Planet (~120 €), Heroquest (~100 €, selon édition et état), Space Hulk (100-150 €), Rise of the Luftwaffe (~100 €), 1830 (~100 €), Tarot d’Ambre (~100 €), Res Publica Romana (~100 €) et Aliens the boardgame (~100 €).
Comment le marché des jeux de société rares évolue-t-il face aux influences extérieures ?
Le marché est sensible aux mentions par des influenceurs, aux discussions sur les forums et aux annonces des éditeurs concernant les rééditions. Ces éléments peuvent provoquer une hausse rapide des prix suivie parfois d'une baisse tout aussi rapide. C'est un marché passionné où la spéculation peut jouer un rôle important.

